La mort dernière étape de la croissance *

Dr Elisabeth Kübler-Ross


" Notre société nie la mort. Nous la cachons derrière des murs stériles à l’hôpital et sous le maquillage au salon funéraire. Mais la mort est inévitable, et il faut trouver comment y faire face. Pourquoi faisons-nous de la mort un tabou ? D'où viennent nos peurs ? Comment exprimer notre deuil et accepter la mort de nos proches ? Comment nous préparer à notre mort ? " (E. K.-S.).

Les " stades du mourir " que le Dr ROSS a décrits et formulés en détail dans son livre " On Death and Dying ", pourraient être résumé comme suit :

 

  1. Dénégation – " Non, pas moi ". C’est la réaction typique du patient qui apprend qu’il ou elle est atteint d’une maladie terminale. La dénégation est importante et nécessaire, dit le Dr ROSS : elle aide à amortir l’impact de la prise de conscience de la mort inévitable.
  2. Rage et colère – " Pourquoi moi ? ". Le patient éprouve du ressentiment devant le fait que les autres resteront vivants et en santé alors qu’il ou elle doit mourir. Dieu est souvent la cible de cette colère, puisque c’est Lui qui semble imposer, arbitrairement, la sentence de mort. Le Dr ROSS affirme que cette colère est non seulement permissible mais même inévitable, et à ceux qui s’en troublent, elle répond succinctement que " Dieu peut bien s’en arranger ".
  3. Marchandage – " Oui, moi, mais… ". Les patients acceptent le fait de la mort mais essaient de gagner du temps, surtout en marchandant avec Dieu, " même s’ils n’avaient jamais parlé à Dieu avant ". Ils promettent d’être bons ou de faire telle ou telle chose en échange d’une semaine ou d’un mois ou d’une année de vie. Le Dr ROSS remarque : " peu importe ce qu’ils promettent, d’ailleurs, car ils ne tiennent pas ces promesses, de toute façon ".
  4. Dépression – " Oui, moi ". La personne pleure d’abord les épreuves passées, les choses pas faites, les torts commis. Puis elle entre dans un état de " deuil " et se prépare à l’arrivée de la mort. Le patient devient calme et ne veut plus de visiteurs. " Quand un mourant ne veut plus vous voir, dit le Dr ROSS, c’est le signe qu’il a réglé tout ce qu’il avait à régler avec vous ; c’est une bénédiction ; maintenant, il peut s’abandonner paisiblement ".
  5. Acceptation – " Mon heure est arrivée, et tout est bien ". Le Dr ROSS décrit ce stade comme " ni heureux, ni malheureux. Il est vide de sentiments, mais ce n’est pas une résignation ; en fait, c’est une victoire ".

 

Ces cinq stades sont un guide très utile pour comprendre les différentes phases que peut traverser un mourant. Il ne faut pas en faire des absolus : les patients ne passent pas tous par tous les stades, ni dans le même ordre, ni au même rythme. Mais ce paradigme, appliqué de façon flexible et intuitive, est un instrument utile à la compréhension du comportement du patient.

 

Illustration par une séquence du film de Bob FOSSE

" Que le spectacle commence – All that Jazz "

à Trop d’alcool, trop de drogue, trop de femmes.
Ce spectacle sera son dernier tour de piste.
Et tandis que la mort attend en coulisses
et que Gideon (Roy Scheider) fait le bilan de sa vie,
le spectacle continue… (avec Jessica Lange) – 1979.

 

* 1977 – Ottawa – Edit. QUEBEC/AMERIQUE